Les semis

 

Commençons par le début : l’augmentation de sa collection passe nécessairement par le semis !

Faire ses propres semis c’est, tout à la fois, améliorer ses connaissances sur la physiologie de ces cactus mais c’est aussi avoir un plaisir intense à voir s’extraire de leur enveloppe, de minuscules et fragiles plantules puis de les voir croître. Mais c’est surtout la seule manière de découvrir de nombreux taxons non disponibles dans le commerce autrement que par graines et ainsi enrichir sa collection à bon compte.

Quand semer ?
Si les semis se font naturellement et traditionnellement au printemps afin de profiter de l’augmentation de la luminosité et de la température, je mets, quant à moi, les mois d’automne et d’hiver à profit pour cette activité.
Deux raisons à cela.
D’une part, il faut occuper cette longue période durant laquelle nos cactus sont en repos végétatif. Et quelle joie de voir cette vie prendre forme au plus froid de l’hiver et préfigurer les beaux jours.

D’autre part, cette pratique permet de gagner en robustesse et en taille car ces très jeunes plantules pourront pleinement profiter des beaux jours avec 4 à 5 mois d’avance par rapport aux semis traditionnels et donc se préparer pour le prochain hiver sans qu’il soit nécessaire de leur apporter des soins particuliers.

Quelle est la méthode utilisée ?

Bien évidemment on ne plante pas en hiver comme on le ferait au printemps. J’utilise la méthode bien connue maintenant dite du « baggy » ou du semis en sachet.

Cette méthode consiste à recréer un environnement favorable à la germination et à la levée grâce à l’utilisation d’un éclairage artificiel sur un milieu de culture humide, chaud et stérile pour éviter la prolifération de mousses et champignons indésirables. Cette méthode permet de s’affranchir totalement des saisons et des conditions climatiques et donc de maitriser parfaitement son calendrier.

Pour ma part, je procède ainsi :

  • Mon Substrat est composé de : 50% de chabasite d’un millimètre de diamètre et de 50% de vermiculite ou de sable, selon l’humeur. Ce substrat doit être soigneusement stérilisé durant 10 mn au micro-onde après avoir été abondamment humidifié de manière à ce qu’il ne se « caramélise » pas en fin de cuisson. Il va de soi que seul le substrat doit être passé au micro-onde et surtout pas les pots et étiquettes dont la plupart ne supportent pas la chaleur et se déforment plus ou moins sous son effet.
  • Désinfection du matériel utilisé : Les pots, étiquettes, pelle sont mis à tremper dans une bassine contenant un mélange d’eau du robinet et d’eau de javel durant une 15mn puis égouttés avant leur utilisation.
  • Désinfection des graines : Il est nécessaire de désinfecter les graines que l’on va semer pour les débarrasser des éventuelles spores de champignons qui trouveraient sans cela, un biotope tout à fait adéquat à leur rapide développement : chaleur, humidité constante…
    Comme pour le matériel, on peut utiliser de l’eau de javel diluée dans laquelle on plongera les graines durant quelques minutes, après les avoir enfermées dans un linge qui facilitera leur manipulation. On peut aussi utiliser de l’alcool à brûler, ce que je fais. Dans ce cas, on frotte les graines maintenues dans un linge ou du papier absorbant préalablement imprégné d’alcool.
    Certains utilisent de la bétadine, de l’eau oxygénée, d’autres un antifongique en poudre dont on saupoudre les graines.
  • Sachets plastique : Pour mettre à l’étouffée mes pots contenant les graines, J’utilise les sacs plastiques alimentaires conçus pour congeler, conserver et transporter les aliments. Destinés à l’alimentation humaines, ils sont bactériologiquement propres et ne nécessitent pas de précautions particulières
    Semis des graines : suivant leur conditionnement par le producteur , je sème 10 à 20 graines en les déposant à la surface des pots en plastique rigide de 5cm x 5cm remplis jusqu’à 15 mm du bord. Pour ce faire, le plus simple est d’utiliser une demi-feuille de papier que l’on plie en deux. Le semis est légèrement tassé au moyen d’un outil confectionné pour l’occasion . L’étiquette est enfin fichée dans le substrat. Les pots étant petits, je n’en utilise qu’un par référence de graines afin d’éviter des mélanges. On peut ajouter une très mince couche de sable grossier pour maintenir les graines en place
  • Précaution supplémentaire facultative : Je prépare une quantité d’eau à laquelle j’incorpore un peu d’antifongique (Maladie du sol DERICLOR de marque Fertiligène – Rhône Poulenc) dans les proportions indiquées sur l’emballage et imbibe à fond par trempage des pots dans une bassine contenant 3 à 4 cm de cette préparation.
  • sac-2Mise en sachets : Au sortir de la bassine et après un léger égouttage, mise en sachets. 4 pots sont alors enfermés dans un sac plastique que l’on va fermer hermétiquement grâce à la fermeture Zip.

 

 

 

  • Mise au lit : Tous les sacs vont ensuite rejoindre le germoir ». Il s’agit en fait chez moi d’une simple caisse en contreplaqué aux dimensions adaptées au volume de graines à planter. Bien sûr on peut laisser libre cours à son imagination et sophistiquer beaucoup plus l’installation. Mon premier « germoir » mesurait 120 cm x 40 cm et permettait de faire germer 140 références, soit environ 2800 graines à chaque fois.
  • Il est équipé de crémaillères sur lesquelles viennent se poser à bonne hauteur (10 à 20 cm de la surface des pots) deux lampes à leds et sur les côtés, 2 ampoules fluorescentes de 21 w et 40 w. Le perfectionniste veillera à utiliser une lampe de couleur froide et une autre de couleur chaude pour donner un spectre plus large à la lumière diffusée. Ces ampoules sont couramment vendus dans les magasins de bricolage. Je dois dire que deux ampoules standards (blanc froid) semblent produire les mêmes effets. L’arrivée des ampoules à led et leur coût modéré va permettre d’améliorer la performance électrique et l’efficacité de ces dispositifs.
    Un programmateur branché sur une prise électrique et alimentant les tubes fluorescents permet de délivrer l’éclairage de 7 h du matin à 21 h. Suivant la pièce dans laquelle est utilisé ce dispositif, il peut être utile d’ajouter une petite résistance chauffante de manière à obtenir une température proche de 30°c le jour (mais pas plus) et environ 20°c la nuit. La température des tubes fluorescents peut suffire à procurer la température adéquate. Il faudra étalonner le dispositif avec un thermomètre pour absolument se maintenir dans ces limites.

Avantages de cette méthode

J’ai très, peut-être trop, lourdement insisté sur la nécessité d’adopter une démarche rigoureuse et de chasser toute possibilité de pollution fongique. Mais J’ai cependant régulièrement perdu quelques semis en raison d’un développement inopportun soit d’algues, de mousses ou de champignons
Si vous aviez opté pour un semis traditionnel, une telle désinvolture serait à coup sûr fatale à vos petits protégés. En effet, dans ce mode de culture, l’attention permanente est requise pour apporter quasi quotidiennement l’humidité nécessaire afin d’éviter la dessication rapide du substrat par les fortes chaleurs du début de l’été. Lorsque le réseau racinaire est naissant et que les plantules ne mesurent que quelques millimètres, la moindre erreur leur est fatale !

Quelques difficultés

Vous avez pris toutes les précautions nécessaires, vous avez fait de votre mieux et pourtant un beau jour vous êtes consterné de voir un réseau de fils gris recouvrir une partie du substrat d’un pot ou un amas gluant et vert, preuve que des spores n’ont pas été détruites par vos traitements préparatoires. Ce n’est pas dramatique si vous intervenez immédiatement.
Sortez du sachet le ou les pots concernés par ces symptomes. S’il s’agit d’algues, un léger grattage pour enlever le plus possible de ce végétal et une attitude visant à laisser s’assécher le substrat, devraient venir à bout de ce dérangement.
S’il s’agit d’une attaque cryptogamique vous tenterez d’arroser immédiatement avec une solution antifongique (Dericlor par exemple) puis vous laisserez le substrat s’assécher totalement pour freiner ou détruire le champignon dans sa tentative de développement. Vous serez rapidement fixé sur la réussite de votre tentative de sauvetage.
Si vos plantules ne sont pas anéanties par ces attaques, ne les réintroduisez pas dans des sachets mais maintenez les dans votre germoir où vous leur apporterez un arrosage régulier hebdomadaire, voire plus fréquent si nécessaire.

Hop, tout le monde au grand air !

Lorsque le temps est venu de leur faire découvrir les bienfaits de la lumière naturelle et de l’air frais, ce peut être au mois d’avril ou de mai suivant, il convient d’être prudent et de ménager une transition d’environ un mois, en ouvrant le sac plastique pour la première fois depuis leur plantation mais en laissant les pots à l’intérieur pour que l’humidité diminue progressivement.
Il faudra ensuite arroser ces plantules par vaporisation de manière décroissante pour les habituer progressivement à la sécheresse. Lorsqu’ils iront rejoindre votre collection, donnez-leur une bonne luminosité mais veiller encore à les protéger des rayons directs du soleil durant plusieurs semaines. Ils vont donc passer le printemps, l’été et une partie de l’automne à l’extérieur avec leurs grands frères.

J’ai constaté qu’il était très avantageux de garder ces jeunes cactus en végétation durant leur premier hiver. Pour ce faire, je les installe à nouveau dans le germoir qui les a vus naître, sans leur sac plastique bien évidemment. Les mêmes conditions que celles qui prévalaient pour leur naissance leur sont données : luminosité, chaleur, arrosage en fonction des besoins (tous les huit à dix jours). Leur croissance va se poursuivre sans aucun préjudice durant la mauvaise saison et ces petits sujets seront pleins de vie le printemps venu.

lit grand-1

Le second hiver est passé dans le coffre qui les a vu naître où l’on veillera à les maintenir en végétation en arrosant hebdomadairement

 

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